Intermeccanica : l'âge d'or d'une vieille carrosserie turinoise aux performances américaines

Le monde des voitures de collection et de la vieille carrosserie recèle de trésors parfois méconnus du grand public. Si les noms de Ferrari ou de Maserati font vibrer instantanément les passionnés, un autre constructeur italien a marqué l'âge d'or automobile par son audace et son approche hybride unique : Intermeccanica. Fondée à Turin en 1959 par Frank Reisner, un ingénieur chimiste d'origine hongroise ayant grandi au Canada, cette marque incarne à la perfection le mariage entre le design de haute couture italien et la puissance brute des moteurs américains.

Intermeccanica

Les origines d'une marque italo-canadienne à Turin

L'aventure d'Intermeccanica commence modestement sous le nom de Construzione Automobili Intermeccanica. Au départ, Frank Reisner et son épouse Paula se concentrent sur la fabrication de kits de performance, de tubulures d'admission et de systèmes d'échappement sport pour des marques européennes populaires comme Peugeot, Renault ou Simca.

Très vite, l'appel de la construction automobile complète se fait sentir. En 1960, la marque conçoit une monoplace de Formule Junior, suivie de près par l'IMP (Intermeccanica-Puch), un petit coupé aérodynamique en aluminium basé sur une mécanique Steyr-Daimler-Puch de 500 cm³. Cette puce mécanique s'offre même le luxe de remporter sa catégorie sur le mythique circuit du Nürburgring, prouvant le savoir-faire artisanal de la jeune firme de Turin.

Retrouvez tous les modèles Italien ici

Le concept hybride : carrosserie italienne et muscles américains

La véritable signature d'Intermeccanica s'établit au début des années 1960 avec l'adoption d'une philosophie alors très en vogue dans le segment du luxe : associer des lignes sculptées à la main en Italie à des moteurs V8 américains, réputés pour leur fiabilité, leur couple généreux et leur facilité d'entretien. Cette approche permettait d'offrir le prestige d'une carrosserie exclusive sans les caprices mécaniques des moteurs transalpins multisoupapes de l'époque.

Pour dessiner ces chefs-d'œuvre, Reisner s'entoure de grands noms du design, au premier rang desquels figure le légendaire Franco Scaglione (ancien chef designer de la carrosserie Bertone). C'est ce savant mélange de lignes fluides et de puissance américaine qui va donner naissance à des modèles d'anthologie.

Les modèles emblématiques d'Intermeccanica

La trajectoire du constructeur est jalonnée de créations à la diffusion confidentielle, aujourd'hui particulièrement prisées par les collectionneurs de vieille carrosserie :

L'Apollo GT (1961 - 1965)

Apollo GT

Développée en partenariat avec la société américaine International Motor Cars basée à Oakland, l'Apollo GT est le premier grand coup d'éclat de la marque. Dessinée par Franco Scaglione d'après des croquis de Ron Plescia, sa carrosserie en acier (après un premier prototype en aluminium) cachait un moteur V8 en aluminium d'origine Buick. Avec son habitacle tendu de cuir et ses roues à rayons Borrani, l'Apollo GT dégageait une élégance folle. Seuls 101 exemplaires (coupés et cabriolets confondus) sont sortis des ateliers.

L'Intermeccanica Italia (1967 - 1972)

1971 Intermeccanica Italia Coupe

Après l'intermède du projet Griffith (devenu brièvement l'Omega), Reisner reprend les rênes de la production pour donner vie à la Torino, rapidement rebaptisée Italia en raison du dépôt de nom par Ford. Propulsée par un V8 Ford de 4,7 litres puis de 5,0 litres, l'Italia est le plus grand succès commercial de l'ère italienne de la marque, avec près de 500 unités vendues, principalement aux États-Unis et en Allemagne. Ses galbes agressifs et ses phares rétractables en font l'archétype du grand tourisme des sixties.

La Murena GT (1971)

Intermeccanica Murena GT

Fidèle à son esprit éclectique, Intermeccanica produit une mini-série de 11 unités d'un break de chasse ultra-luxueux : la Murena GT. Équipé d'un moteur Ford de 429 pouces cubes (7,0 litres), ce véhicule hors norme intégrait un aménagement intérieur digne d'un jet privé, avec un bar intégré et des commutateurs de type aviation, séduisant une clientèle fortunée issue du monde du spectacle en Californie.

L'Indra (1971 - 1974)

Intermeccanica Indra

Dernière création majeure développée sur le sol italien, l'Indra naît d'une collaboration avec Opel (filiale européenne de General Motors). Dessiné à nouveau par Scaglione, ce modèle adoptait des moteurs six cylindres Opel ou des blocs V8 Chevrolet. Malheureusement, des changements de stratégie chez GM et la crise pétrolière de 1973 mettent un coup d'arrêt brutal à sa production après 127 exemplaires assemblés.

Les caractéristiques techniques et stylistiques du constructeur

L'identité d'Intermeccanica repose sur des piliers fondamentaux qui séduisent aujourd'hui les amateurs de restauration de véhicules anciens :

  • Châssis rigides et ingénieux : Souvent conçus avec l'aide de spécialistes (comme l'ancien designer de châssis de course BRM, John Crosthwaite), les structures tubulaires ou périmétriques offraient une excellente tenue de route pour l'époque.

  • Artisanat de haute couture : Les carrosseries étaient formées à la main par des artisans turinois, ce qui donne à chaque exemplaire des spécificités uniques propres au travail sur mesure.

  • Fiabilité des groupes motopropulseurs : L'utilisation de blocs d'origine Ford, Buick ou Chevrolet permettait des performances de premier ordre (souvent plus de 250 chevaux) associées à une grande robustesse mécanique.

La transition vers la réplique haut de gamme

Face aux difficultés économiques en Europe, la famille Reisner quitte l'Italie au milieu des années 1970 pour s'installer en Californie, puis définitivement à Vancouver, au Canada, en 1982. C'est le début d'un second chapitre fructueux. Le constructeur se réinvente en devenant le leader mondial de la reconstruction de haute précision, notamment avec ses célèbres répliques de la Porsche 356 Speedster et du Roadster "D".

Contrairement aux kits bon marché de l'époque, Intermeccanica conçoit ses propres châssis tubulaires sur mesure pouvant accueillir des mécaniques de Porsche 911, perpétuant ainsi son niveau d'exigence et son amour de la belle carrosserie.

Un héritage immortel pour la vieille carrosserie

Frank Reisner s'est éteint en 2000, mais son fils Henry continue aujourd'hui de faire vivre l'héritage familial à Vancouver. Pour les passionnés de restauration automobile, croiser une Intermeccanica des années de Turin reste un événement rare. Ces automobiles racontent une époque de liberté créative totale, où de petits ateliers indépendants pouvaient défier les géants de l'industrie grâce à l'amour des belles lignes et à l'audace mécanique.

Pour prolonger cette immersion dans l'univers de ce constructeur d'exception, vous pouvez visionner ce Reportage sur l'histoire de l'Intermeccanica Indra, qui met en lumière les détails fascinants de la conception de cette GT italo-américaine.

Retrouvez toutes nos analyses et chroniques historiques sur la page d'accueil de Vieille Carrosserie. 

Adresse playlists YouTube Automobiles

0 Commentaires

Enregistrer un commentaire

Post a Comment (0)

Plus récente Plus ancienne