Renault 20 : histoire, moteurs et évolution de la grande berline Renault

RENAULT 20 • GRANDE ROUTIÈRE • ANNÉES 1970-1980

Il y a des Renault qui ont marqué leur époque par leur audace. D'autres l'ont fait par leur diffusion. La Renault 20 appartient plutôt à cette seconde catégorie. Elle n'avait ni la personnalité spectaculaire d'une Renault 5, ni le prestige d'une Renault 30. Pourtant, elle a accompagné toute une génération d'automobilistes et installé durablement Renault dans le haut de la gamme familiale.

Présentée au milieu des années 1970, la R20 reprend la grande carrosserie de la Renault 30 tout en adoptant une mécanique plus raisonnable. Produite à Sandouville, elle connaîtra une carrière de près de dix ans et dépassera les 600 000 exemplaires.

Renault 20 ancienne grande berline française
Renault 20, l'une des grandes berlines françaises emblématiques des années 1970. Photo : Lucarelli / Wikimedia Commons — CC BY-SA.

Une Renault 20 née dans l'ombre de la Renault 30

Au départ, la recette paraît presque évidente. Renault possède déjà la Renault 30, grande berline équipée du V6 PRV. Mais cette voiture reste relativement coûteuse. Il manque donc dans la gamme une version plus accessible, capable de reprendre les qualités de cette nouvelle grande carrosserie sans adopter ses mécaniques les plus ambitieuses.

La Renault 20 arrive précisément dans cet espace. Sa silhouette est très proche de celle de la R30, mais plusieurs détails permettent de les distinguer. Les optiques avant rectangulaires, la présentation plus simple et les équipements moins luxueux donnent immédiatement le ton.

La démarche rappelle finalement celle qui avait fait le succès de la Renault 16 : proposer une grande voiture familiale sans forcément reprendre les codes traditionnels de la berline à coffre.

Renault confie le style à Gaston Juchet. La R20 est également développée dans une période où la conception assistée par ordinateur commence à prendre une place croissante dans l'industrie automobile française. Sa production est assurée à Sandouville, aux côtés de la Renault 30.

Une silhouette très seventies, mais toujours élégante

Renault 20 TL ancienne
Renault 20 TL. Photo : Yann Forget / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Aujourd'hui, une Renault 20 paraît presque imposante. À l'époque, ses proportions sont pourtant parfaitement dans l'air du temps. Longue, basse et dotée d'un grand hayon, elle privilégie davantage l'efficacité que la recherche d'un style spectaculaire.

C'est justement ce qui fait son charme actuel. La R20 ne cherche pas à séduire avec des lignes compliquées. Ses surfaces sont relativement simples, les vitrages généreux et les volumes très lisibles. Le dessin possède cette sobriété typique des grandes Renault des années 1970.

La comparaison avec la R30 est inévitable. Les deux voitures partagent la même base de carrosserie, mais la R20 paraît plus discrète. Renault joue sur les équipements, les finitions et les motorisations pour créer deux niveaux de gamme bien distincts.

Des moteurs qui vont progressivement changer la donne

C'est probablement sur le plan mécanique que la Renault 20 a le plus évolué durant sa carrière. À ses débuts, la grande berline doit composer avec un moteur qui paraît aujourd'hui assez modeste au regard de son gabarit.

Les premières versions utilisent un quatre cylindres de 1 647 cm³, dérivé de la famille mécanique déjà connue chez Renault. Avec environ 90 à 96 ch selon les versions et les années, le moteur suffit pour une utilisation familiale, mais les performances restent mesurées.

Il faut simplement remettre les chiffres dans leur époque. La R20 n'a jamais été pensée comme une voiture sportive. Son rôle est ailleurs : transporter confortablement une famille, ses bagages et parcourir de longues distances sans transformer chaque trajet en épreuve.

À retenir : la Renault 20 privilégie dès le départ le confort, l'espace intérieur et la polyvalence plutôt que la performance.

La Renault 20 TS change véritablement la personnalité de la voiture

Renault 20 TS de 1978
Renault 20 TS, modèle 1978. Photo : Alf van Beem / Wikimedia Commons.

Avec le 2 litres, la R20 entre dans une autre dimension. Le moteur de 1 995 cm³ développe 110 ch. La voiture conserve son caractère familial, mais les accélérations et les reprises deviennent beaucoup plus adaptées aux longues distances.

La TS reçoit également une présentation plus valorisante. L'équipement progresse et la boîte manuelle à cinq rapports améliore l'agrément sur les grands axes. Une boîte automatique est également proposée selon les versions et les années.

La R20 commence alors à prendre tout son sens. Elle n'est pas une sportive. Elle ne cherche d'ailleurs jamais vraiment à le devenir. Son terrain de prédilection reste l'autoroute, les nationales et les voyages en famille.

Cette philosophie s'inscrit dans une gamme Renault qui évolue rapidement. La Renault 18, apparue quelques années plus tard, reprendra à son tour cette recette familiale avec une gamme particulièrement large.

Une vraie voiture de voyage

C'est probablement derrière le volant que la Renault 20 révèle le mieux sa philosophie. La suspension privilégie clairement le confort. Les quatre roues indépendantes permettent à la voiture de filtrer correctement les irrégularités de la route.

Ce n'est pas une voiture qui cherche à donner des sensations sportives. Elle préfère lisser le trajet. À son volant, on comprend assez vite pourquoi les grandes Renault de cette période avaient cette réputation de voitures taillées pour les kilomètres.

Les premières versions peuvent toutefois présenter un comportement marqué par les mouvements de caisse lors des accélérations et freinages. Renault fera évoluer le train avant au début des années 1980 afin d'améliorer le comportement général.

Renault 20 TX automatique vue avant
Renault 20 TX automatique, modèle 1983. Photo : Wikimedia Commons.

La R20 Diesel : une étape importante pour Renault

La Renault 20 possède aussi une place particulière dans l'histoire mécanique de la marque. Elle reçoit un quatre cylindres Diesel de 2,1 litres environ, appartenant à la famille des moteurs Douvrin.

Dans sa première configuration, la puissance reste modeste. Mais là encore, les chiffres doivent être replacés dans le contexte de la fin des années 1970. Le Diesel devient progressivement intéressant pour les automobilistes qui parcourent beaucoup de kilomètres.

Cette mécanique connaîtra surtout une longue carrière chez Renault. Elle sera ensuite utilisée sur plusieurs modèles de la marque et contribuera à installer durablement le Diesel dans les grandes Renault.

Pour comprendre cette période de transition dans la gamme, l'histoire de la Renault 12 permet également de mesurer le chemin parcouru par la marque en quelques années.

La Renault 20 TX : le haut de gamme de la famille

Au début des années 1980, Renault modernise sérieusement la R20. Le tableau de bord évolue, le train avant est revu et la présentation générale devient plus contemporaine.

Surtout, Renault introduit la R20 TX. Son quatre cylindres de 2,2 litres développe environ 115 ch et devient le moteur le plus ambitieux proposé sur la R20 de série.

La TX montre alors que la R20 peut monter en gamme sans changer complètement de personnalité. Elle reste une grande berline à hayon, mais son équipement et sa mécanique la rapprochent davantage de la Renault 30.

Renault 20 TX automatique de 1983
Renault 20 TX automatique de 1983. Photo : Charles01 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

La Renault 20 au Paris-Dakar : une histoire complètement différente

Et puis il y a l'épisode qui semble presque appartenir à une autre voiture. En 1982, les frères Bernard et Claude Marreau remportent le Paris-Dakar avec une Renault 20 Turbo 4x4 spécialement préparée.

La voiture n'a évidemment plus grand-chose à voir avec une R20 familiale de série. Elle reçoit une transmission intégrale, une mécanique turbocompressée et de profondes modifications destinées à affronter les pistes et le désert.

Renault 20 Turbo 4x4 Paris-Dakar 1982
Renault 20 Turbo 4x4 Paris-Dakar 1982 des frères Marreau. Photo : Wikimedia Commons.

Le contraste est saisissant. D'un côté, une grande familiale confortable destinée aux trajets quotidiens. De l'autre, une R20 préparée pour traverser l'Afrique à vive allure.

La victoire de 1982 reste l'un des épisodes les plus étonnants de l'histoire de la Renault 20 : une familiale devenue machine de rallye-raid.

Cette aventure constitue aussi l'un des grands moments de la compétition automobile française du début des années 1980. La R20 prouve alors qu'une voiture apparemment sage peut cacher un tout autre potentiel lorsqu'elle est profondément transformée.

La fin de carrière et l'arrivée de la Renault 25

La Renault 20 termine sa carrière au début des années 1980. Sa production atteint environ 607 000 exemplaires avant l'arrivée de la génération suivante.

En 1984, la Renault 25 reprend le flambeau avec une approche plus moderne et un positionnement plus technologique. Le changement est logique : le marché évolue, les attentes des clients aussi, et Renault veut renouveler son image dans le haut de gamme.

La R20 n'aura donc pas révolutionné l'automobile comme la Renault 16. Elle aura pourtant joué un rôle important dans l'évolution des grandes Renault et dans la démocratisation des voitures familiales à hayon.

C'est une époque que l'on retrouve également dans l'histoire de la Renault 25, véritable héritière de cette génération de grandes Renault à vocation routière.

Pourquoi la Renault 20 mérite aujourd'hui l'intérêt des collectionneurs

La Renault 20 n'est pas forcément la première voiture qui vient à l'esprit lorsqu'on parle de collection automobile française. Et pourtant, c'est précisément ce qui la rend intéressante.

Elle représente une époque où les grandes voitures familiales étaient encore de véritables machines à voyager. Les formes étaient simples, les tableaux de bord peu encombrés et le confort constituait un argument essentiel.

La R20 raconte aussi une période de transition chez Renault. La marque passe progressivement des solutions héritées des années 1960 à une génération plus moderne, avec de nouveaux moteurs, davantage d'équipements et une approche différente du haut de gamme.

Aujourd'hui, une belle R20 attire forcément la curiosité. Sa ligne rappelle immédiatement les années 1970, son grand hayon raconte une certaine idée de la voiture familiale et son confort rappelle une époque où l'on pouvait parcourir plusieurs centaines de kilomètres sans chercher à transformer chaque trajet en démonstration de performance.

Renault 20 : fiche technique

Caractéristique Renault 20
Production 1975/1976 à 1984 selon les marchés
Carrosserie Berline 5 portes à hayon
Architecture Moteur avant longitudinal, traction avant
Moteurs essence 1,6 l, 2,0 l et 2,2 l
Moteur Diesel Environ 2,1 l
Puissance maximale en série Environ 115 ch
Versions marquantes TL, TS, TX et Diesel
Usine principale Sandouville
Succession Renault 25

Une Renault qui mérite de sortir de l'oubli

La Renault 20 n'a jamais eu l'aura d'une Alpine, d'une Renault 5 Turbo ou même d'une Renault 16. Mais son histoire est loin d'être banale.

Elle a partagé sa carrosserie avec la Renault 30, connu plusieurs générations de moteurs, installé le Diesel dans une partie de la gamme des grandes Renault et même remporté le Paris-Dakar.

Elle a surtout été produite à plus de 600 000 exemplaires, preuve qu'elle répondait à une vraie attente du marché.

Aujourd'hui, une belle Renault 20 possède donc quelque chose que beaucoup de voitures plus prestigieuses ont perdu : une vraie personnalité d'époque.

La Renault 20 n'était pas une voiture qui cherchait à faire parler d'elle. Elle voulait simplement emmener ses passagers loin, confortablement. Et finalement, c'est peut-être ce qui résume le mieux son époque.

Sources et crédits photographiques

Renault Group — archives historiques et patrimoine Renault.
The Originals Renault — archives des modèles historiques.
Wikimedia Commons — photographies de Renault 20 utilisées dans cet article, avec crédit et licence indiqués sous chaque image.

Les photographies sont utilisées selon les conditions de licence indiquées sur leurs pages Wikimedia Commons respectives.

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